Charte de la fédération Nature & Progrès
PREAMBULE
Alors que lAgriculture Biologique est désormais accessible au plus
grand nombre, la fédération Nature & Progrès doit sengager
davantage dans la formulation des idées qui lui sont propres. Face à
la normalisation imposée par les structures officielles, lagroalimentaire
et la grande distribution à travers le label AB, il est nécessaire
de rappeler que Nature & Progrès propose une démarche globale
qui va bien au-delà dun simple label.
Cette charte sadresse à tous les adhérents. Elle doit être
le ciment qui unit dans le respect de léthique de la fédération,
consommateurs, paysans, transformateurs
Son acceptation, ou mieux son appropriation, est un acte volontaire. Lapplication
au plus près des principes préconisés permettra à
Nature & Progrès de conforter son identité.
ADHERENTS ET GROUPES
Adhérents individuels et groupes, parmi lesquels les consommateurs sont
les plus nombreux et doivent donc jouer un rôle essentiel, ont à
engager linformation et laction pour un développement de
lagriculture biologique dans le respect de la vie, de lenvironnement,
et de la justice sociale. Face au biologique intensif et indifférent
aux problèmes de la désertification des campagnes, des relations
Nord-Sud, des coûts énergétiques, et plus globalement des
problèmes écologiques majeurs, il est nécessaire de promouvoir
une agriculture biologique paysanne privilégiant les circuits courts
de distribution (marchés, coopératives, etc.), une solidarité.
Lorsquils sont indispensables, les circuits plus longs doivent sappuyer
sur une solidarité urbains-ruraux et des échanges équitables
susceptibles dinverser les logiques marchandes destructrices pour la paysannerie
et lenvironnement.
La biodiversité de tous les organismes vivants est en voie de destruction,
pas seulement à cause des menaces que font courir les OGM, mais aussi
à cause du système économique et financier dominant qui
condamne également tous les paysans de la planète. A travers nos
actes de consommation, déchanges et de production, cest la
recherche dun projet de société plus juste, plus respectueux
de la Vie et de tous les habitants de la planète qui donne toute sa cohérence
à la démarche de la fédération Nature & Progrès.
Aussi le tissu associatif, léconomie solidaire, et lengagement
dans les combats sociaux et environnementaux doivent être privilégiés.
Lensemble des adhérents doit veiller à la rigueur des cahiers
des charges dans lesprit de la charte, et à leur respect, à
travers les COMAC (commissions dattribution des mentions), par les professionnels
qui sollicitent la mention Nature & Progrès. Il ne sagit plus
seulement dobserver les règles de lagrobiologie, mais dencourager
les producteurs à progresser vers une pratique cohérente avec
notre éthique, la qualité de la démarche restant toujours
plus importante que lobligation de résultats.
La fédération Nature & Progrès, notamment au travers
de ses groupes régionaux, sengage à privilégier la
relocalisation de la production de nourriture dans les bassins de consommation,
la consommation de produits de saison locaux, le contact direct entre producteurs
et consommateurs, à soutenir ou initier des engagements dachats
de consommateurs auprès dun ou plusieurs producteurs, à
organiser des marchés à la ferme, des foires bio, etc., à
remettre du sens dans les circuits plus longs de transformation et de distribution
en substituant aux flux de marchandises désincarnées léchange
entre personnes mettant en pratique à chaque étape les mêmes
valeurs.
PRODUCTEURS ET TRANSFORMATEURS
Au delà des cahiers des charges des productions biologiques, il faut
définir et préciser les critères environnementaux, énergétiques
et sociaux, indissociables dune véritable agriculture écologique
et solidaire. Il sagit dattirer lattention sur les conséquences
des pratiques professionnelles qui peuvent être contraires au but global
recherché. Ces notions, difficilement quantifiables doivent concerner
la totalité des activités qui génèrent
de léchange. Il est demandé aux titulaires de la mention
de sengager à progresser dans ce sens. Le consommateur a un rôle
décisif à jouer en confirmant la confiance par la proximité
et le lien le plus direct possible qui lunit au producteur ou transformateur.
1. ENJEUX ENVIRONNEMENTAUX:
Enjeux agronomiques: Substituer autant que possible les monocultures
au profit des
complémentarités de polyculture et de polyculture-élevage,
soit au niveau de la ferme, soit en association avec les paysans du même
territoire.
Les productions doivent être adaptées au climat ainsi quà
lenvironnement.
Les équilibres naturels: Préserver, conserver ou reconstituer
les paysages adaptés à la diversité des situations géographiques
et climatiques (maillage de haies, talus, bandes forestières, etc.),
lutter contre le ravinement et la détérioration des sols, favoriser
dans chaque région la reconstruction des équilibres animal-culture-forêt.
Réserver dans chaque exploitation une zone sauvage écologique
représentant au moins 5 % de la superficie agricole.
Gestion de leau: Concevoir et aménager les aires de stockage
et de compostage de
manière à éviter tout écoulement incontrôlé
ou infiltrations deffluents liquides pouvant polluer le cours deau,
la source ou la nappe phréatique. Gérer ses ressources en eau
en installant des systèmes de récupération deau de
pluie et en limitant les arrosages par des cultures adaptées au climat
local, des cultures associées, sous couvert (paillage)
Eco-construction: Favoriser la construction et la rénovation
de bâtiments à partir de matériaux entraînant le moins
de nuisances tant à la production quà lusage, en
privilégiant les fabrications régionales et le recyclage des matériaux
anciens. Les
bâtiments disgracieux seront dissimulés par une végétation
appropriée, composée
dessences locales.
Les énergies: Limiter la consommation dénergie,
en particulier délectricité nucléaire et de pétrole,
pour les bâtiments, pour le fonctionnement, la distribution, les intrants
etc.
Linvestissement dans les systèmes de production dénergie
renouvelable est vivement
encouragé.
Les déchets et rejets: Gérer les déchets bien en
amont et au-delà de la législation en vigueur, donner priorité
aux matériaux recyclables ou biodégradables, participer
activement à leur réemploi. Entretenir le matériel agricole
de façon à limiter les rejets nocifs.
Les emballages: Le conditionnement des produits devra être minimaliste
et utiliser des matériaux sains et recyclables.
Les transports: Utiliser des matières premières locales,
réduisant ainsi les transports.
La vente des produits sorientera en priorité vers une clientèle
locale.
Biodiversité-semences: Les adhérents paysans sengagent
à une réflexion et un travail individuel et/ou associatif sur
la biodiversité (conservation et développement de races anciennes,
semences, etc.) les autres professionnels et les consommateurs sengagent
à utiliser des matières premières issues de cette biodiversité.
Saisonnalité: Les producteurs, revendeurs et consommateurs devront
privilégier les
fruits et légumes de saison et refuser les produits provenant de pays
très éloignés dont le transport est écologiquement
inacceptable.
Le commerce équitable sera privilégié pour les productions
impossibles sous nos climats.
2. ENJEUX SOCIAUX ECONOMIQUES ET HUMAINS
Les professionnels signataires sengagent:
- à la solidarité, à lentraide, au soutien moral ou physique, directement ou au sein dune structure (CUMA). Au parrainage individuel ou de groupes, suivi de conversions, soutien et accompagnement de projets.
- à veiller à ce que loccupation foncière et la dimension des ateliers restent à léchelle de lhumain (ferme à taille humaine) tout en respectant le tissu social et rural, et à favoriser de nouvelles installations.
La substitution de la machine à lhomme ne doit plus être recherchée dès lors quelle détruit tout lien possible entre le paysan et la vie des sols, des plantes ou des animaux.
- à tendre vers lautonomie, notamment en terme de semences et de plants, intrants, énergie.
- à une identification claire de leurs produits avec obligation dinscrire le nom du producteur et/ou du transformateur sur les emballages.
- à développer une politique sociale au sein de leur structure sils embauchent du personnel et à veiller au respect des règles de lO.I.T. (Organisation internationale du travail) chez leurs fournisseurs avec refus demployer de la main duvre délocalisée, refus de lagriculture « intégrée ».
- à organiser une meilleure répartition des marges de revenu entre producteurs, transformateurs et distributeurs.
- à un militantisme visant lanimation, la valorisation et le développement de Nature & Progrès. A informer, communiquer, échanger avec les consommateurs à travers des actions comme les « portes ouvertes », par exemple.
Pour les entreprises de transformation, les professionnels sengagent:
- à la solidarité entre membres en privilégiant les approvisionnements en matières premières par des contrats de récolte en proximité, et en priorité vers les adhérents sous mention Nature & Progrès.
- à ne pas mettre en péril les cultures vivrières ou les grands équilibres écologiques (déforestation) par le développement inconsidéré de monocultures dexportation, même sous couvert de commerce équitable.
La fédération Nature & Progrès sengage:
- à contrôler les apports en capital de ses adhérents professionnels
(pas de capitaux liés au nucléaire, aux pesticides, aux OGM, aux industries de
larmement ou à des entreprises ayant des activités polluantes).
- à agréer lentreprise à travers une ou plusieurs
personnes (dirigeants) nommément citées en tant que caution
morale et responsable de lapplication de la charte Nature & Progrès.
Les consommateurs sengagent:
- à respecter et soutenir cette charte au travers de leur vie quotidienne
:
- privilégier les actes commerciaux qui favorisent une société
respectueuse de lautre, de la vie de la planète et des générations
futures;
- respecter lenvironnement dans leurs actes de tous les jours ;
- soutenir des actions citoyennes et militantes ;
- privilégier les banques et placements éthiques etc.
à participer à la vie de Nature & Progrès et à
soutenir ses actions.
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